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Dans un entretien au journal Les Echos, Valérie Pécresse annonce un « report » de la privatisation des lignes de bus aujourd’hui exploitées par la RATP en Ile-de-France. Cette annonce intervient sans aucun débat en Conseil d’Administration d’Ile-de-France Mobilités, dont une réunion est pourtant prévue le 18 juillet. De plus, elle reposerait sur un rapport dont la date de remise aurait été reportée à la rentrée de septembre 2023 et dont les élu.es n’ont nullement connaissance.

Comme nous le prédisons depuis deux ans, en raison d’immenses difficultés organisationnelles, d’une impréparation manifeste et d’un coût abyssal, la Présidente d’Ile-de-France Mobilités se cogne à la réalité et est contrainte d’abandonner son rêve de privatisation de 100 % du réseau de bus RATP au 1er janvier 2025.

En officialisant ce retard connu de tou.tes les expert.es du dossier, Valérie Pécresse tente d’acheter la paix sociale à l’approche des Jeux de Paris 2024 et de l’explosion en douze opérateurs privés du réseau de bus historique. Ainsi, en reportant l’attribution de tous les lots après les Jeux et de différer les lots parisiens après les municipales de 2026, Valérie Pécresse est prête à toutes les compromissions. Elle enfreint le calendrier fixé par la loi pour tenter d’éviter que les procédures d’information aux salarié.es de la RATP – prévues par les décrets – ne s’enclenchent avant les Jeux. En effet, il serait dévastateur pour le service public et pour les libéraux que les chevilles ouvrières du réseau apprennent que les promesses faites par Valérie Pécresse dans la presse ce jour ne seront pas tenues !

Alors que la Présidente d’Ile-de-France Mobilités reste une ardente partisane d’une fin brutale du monopole de la RATP, elle tente de rassurer les agent.es de la RATP légitimement inquiets et dont les conditions salariales actuelles ne sont en rien garanties avec la privatisation. Contrairement aux propos de Valérie Pécresse, les conditions de travail et de rémunérations se dégraderont avec l’arrivée des nouveaux opérateurs car cela est induit par les cahiers des charges des douze appels d’offres.

Ces cahiers des charges ainsi que les décrets de transfert ne prévoient pas un maintien des conditions salariales actuelles, ce qui n’a jamais été démenti par Valérie Pécresse, ni par le Ministre des Transports. Par ailleurs, l’expérience de la mise en concurrence des réseaux de bus de grande couronne démontre que le dumping social et les offres à prix cassés ne tiennent pas leurs promesses d’amélioration du service. Les salarié.es témoignent de cas de mise en danger des usagers et de dégradation sensible des conditions de travail. Nous dévoilons ce jour que les opérateurs de grande couronne viennent même de demander une rallonge budgétaire à Ile-de-France Mobilités tant les termes des nouveaux contrats sont intenables. La promesse d’économies – qui reste le principal argument pour mettre en œuvre cette machine infernale – s’envole !

Ce recul de Valérie Pécresse n’est ni une fleur, ni une concession. C’est une décision qui lui est imposée devant le fiasco organisationnel, social et financier que la privatisation « à la sauce francilienne » annonce. Ce « report » oblige à modifier la loi et nous sommes en droit de nous interroger sur le niveau d’information du Ministre des Transports et du Gouvernement.

Alors que les négociations pour allouer à Ile-de-France Mobilités de nouvelles recettes susceptibles d’éviter une nouvelle hausse massive des tarifs aux usagers, cette entorse à la loi a certainement été négociée en catimini tant la Présidente de Région et le Gouvernement ont à perdre dans ce dossier commun.

Pour notre part, avant, pendant ou après les Jeux, la privatisation doit être arrêtée pour éviter une désorganisation sans précédent qui pénalisera tou.tes les Francilien.nes, habitué.es ou non des transports en commun. Valérie Pécresse, Jean Castex et le Gouvernement doivent d’urgence prendre les mesures pour conserver le monopole de la régie RATP. Cela est possible à droit constant : l’Etat actionnaire de la RATP peut le décider seul, très rapidement, sans passer devant le Parlement.

Céline Malaisé

Présidente du groupe Gauche Communiste, Écologiste et Citoyenne

 

 

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