Dans un rapport paru le 10 décembre 2025, la Chambre Régionale des Comptes (CRC) étrille la gestion d’Ile-de-France Mobilités (IDFM) de 2019 à 2024. Elle formule 7 recommandations et souligne, notamment, une gestion et une information comptable défaillantes de la plus grande autorité organisatrice des mobilités de France, présidée par Valérie Pécresse depuis 10 ans.
Parmi les constats des magistrats, la tarification des transports franciliens est décriée. La Chambre pointe notamment des décisions tarifaires sans cadre stratégique et sans étude d’impacts. Un écueil qui intervient moins d’un an après la « révolution » billettique dont le coût sur les finances d’IDFM reste indéterminée à ce jour. La CRC souligne également l’échec de Valérie Pécresse en matière de lutte contre la fraude dans les transports avec un coût pour la collectivité qui a bondi de 400 à 700 millions d’euros par an entre 2015 et 2025.
Le rapport acte également que la tarification sociale proposée par IDFM est en dessous des obligations légales en la matière. Il doit être rappelé que Valérie Pécresse a perdu au Tribunal Administratif lorsqu’elle a tenté de supprimer la réduction tarifaire aux bénéficiaires de l’Aide Médicale de l’État et poursuit ses attaques contre les tarifications sociales avec la baisse, en 2024 non rattrapée en 2025, ni en 2026, de 30 millions d’euros de crédits régionaux en la matière.
La CRC confirme également que le prix moyen d’un voyage a progressé de 24% entre 2015 et 2025, soit 10 points de plus que l’inflation (14%). Elle note également qu’IDFM parie sur des hausses tarifaires égales ou supérieures à l’inflation jusqu’en 2034, soit au-delà de l’accord de financement du 26 septembre 2023 qui actait des hausses répétées jusqu’en 2031. En dépit de cela, les magistrats relaient les théories libérales de l’Institut Montaigne incitant à l’augmentation de la part payée par les usagers ce qui n’est pas acceptable et est concomitant avec la récente sortie du MEDEF d’Ile-de-France pour qui « un pass Navigo à 110 euros par mois ne serait en rien un scandale ».
Plus grave, la juridiction financière dénonce un manque de sincérité de l’information budgétaire de l’autorité organisatrice. Elle dénonce durant plusieurs dizaines de pages des entorses et un « contournement du droit budgétaire et comptable [qui] ne garantit pas que les comptes d’IDFM relatifs aux exercices 2020 et 2021 donnent une image fidèle de la situation de l’entité ». Elle pointe pêle-mêle « un principe de séparation des exercices mal respecté, conduisant à un résultat comptable et un autofinancement sous-estimés », des provisions et des charges surévaluées, un résultat « artificiellement majoré » faussant la capacité d’autofinancement de 368 millions d’euros en 2020 et de 426 millions d’euros en 2021, etc.
La CRC remet sévèrement en cause la sincérité des prévisions budgétaires. Elle affirme également « une insincérité de la trajectoire d’investissement affichée qui affecte les relations avec l’État » et qui aurait été utilisée comme argument pour peser face à lui lors des négociations préalables à la situation du protocole du 26 septembre 2023. Toujours à propos des investissements, la Chambre constate un défaut d’information des élus et « un conseil d’administration insuffisamment associé aux choix stratégiques ayant des répercussions financières ». Un constat que nous déplorons régulièrement et que Valérie Pécresse nie.
Enfin, la CRC souligne l’importance croissante de la dette d’IDFM et l’explosion des charges de la dette. Elle constate une méconnaissance, par IDFM, de son patrimoine alors que celui-ci croît au fur et à mesure de la privatisation de l’exploitation des réseaux de transport. Les magistrats éludent partiellement l’impact budgétaire de la privatisation en l’absence d’estimation comptable du rachat des biens liés à la privatisation du fer (tramways, transilien, RER et métro) et à l’insuffisante prise en compte des amortissements des biens qu’IDFM a et va racheter.
Notre groupe appelle donc Valérie Pécresse à changer radicalement de méthode de gouvernance et à sécuriser d’urgence l’information budgétaire et les comptes d’IDFM.
Céline Malaisé
Présidente du groupe La Gauche Communiste, Écologiste et Citoyenne