La société publique locale Approv’Halles, chargée d’approvisionner en produits frais la restauration certains lycées publics de l’Est parisien, s’enfonce peu à peu dans la crise financière. En effet, les comptes 2025, publiés le 4 septembre 2026, confirment les inquiétudes qui nous ont conduits, le 3 juin dernier, à saisir la Chambre régionale des comptes d’Île-de-France sur la situation de cette SPL détenue par la Région et le Département de Seine-et-Marne.
En 2025, alors que le chiffre d’affaires progresse de 60 %, passant de 6,97 à 11,17 millions d’euros, la perte nette double pour atteindre 8,49 millions d’euros. En deux ans, Approv’Halles cumule ainsi près de 12,7 millions d’euros de pertes. Les dettes atteignent désormais 58,92 millions d’euros. Plus inquiétant, le commissaire aux comptes certifie les comptes avec réserves et souligne une « incertitude significative liée à la continuité d’exploitation ».
Pour maintenir la structure à flot, les collectivités ont décidé après la clôture une recapitalisation de 8,2 millions d’euros, complétée par 5,4 millions d’euros de nouvelles avances de la Région et du Département. Pour sauver la structure, plusieurs dizaines de millions d’euros seront nécessaires d’ici 2028, apportés par la Région et le Département de Seine-et-Marne.
Les difficultés ne sont pas seulement comptables. Dès avril 2024, un collectif de plus de 50 chefs de cuisine alertait sur les risques de perte de maîtrise de la qualité, de commandes plus complexes, de ruptures, de retards et de surcharge administrative.
Un sondage réalisé par la CGT-SPERCRIF à l’automne 2025 auprès de ces chefs confirme nombre de ces craintes. 26 chefs sur 50 ont répondu : 96,2 % signalent que les produits livrés ne correspondent pas toujours aux commandes, 92,3 % des volumes incomplets, manquants ou erronés, 88,5 % des problèmes de fraîcheur et 84,6 % des problèmes de conditionnement. Les témoignages évoquent aussi des produits abîmés, des DLC trop courtes, des ruptures et des quantités inadaptées.
La logistique est également mise en cause : horaires non respectés, produits manquants, volumes excessifs… Certains répondants rapportent même des températures qu’ils considèrent non conformes au respect de la chaîne du froid. Et la pression monte dans les cuisines : 96,2 % des répondants déclarent une augmentation de leur charge de travail et 88,5 % davantage de stress ou de tensions. Au total, 96,2 % se disent insatisfaits du fonctionnement d’Approv’Halles dans leur établissement. Ces résultats ne valent naturellement que pour les 26 répondants, mais leur ampleur interdit de balayer ces alertes d’un revers de main. Tout cela dégrade la qualité du service assuré aux demi-pensionnaires des lycées concernés.
L’ambition initiale d’Approv’Halles — développer les circuits courts, les produits locaux et une alimentation de qualité dans les lycées — mérite d’être défendue. Mais la qualité des ingrédients et le service ne sont pas au rendez-vous.
Face aux difficultés, l’exécutif régional a annulé – en catimini – le basculement vers Approv’Halles de l’approvisionnement de 66 lycées de Seine-Saint-Denis, initialement prévu en septembre 2026. Il a cependant maintenu la bascule de 45 lycées du Val-de-Marne à l’occasion de cette rentrée, où la qualité du service est donc susceptible de se dégrader. Ces établissements ont ainsi rejoint les 53 lycées Seine-et-Marnais déjà concernés par la plateforme.
Or, avant d’étendre Approv’Halles à de nouveaux établissements, il est nécessaire d’améliorer sensiblement la qualité de service et des produits fournis par Approv’Halles. Face aux difficultés financières et à une forme de fuite en avant coûteuse en argent public, nous saisissons une nouvelle fois la Chambre régionale des comptes. Nous dénonçons enfin l’opacité entretenue par l’exécutif régional qui, en ne répondant pas à nos demandes sur ce dossier, a enfreint le règlement intérieur du Conseil régional pour dissimuler ce gouffre financier. En vain.