Sur proposition du groupe majoritaire Ile-de-France Rassemblée, la Région vient d’adopter un amendement polémique. Sous couvert de promouvoir le travail mémoriel – indispensable – sur les crimes commis par les régimes se réclamant du communisme en Europe, la droite régionale propose de nouer des partenariats pédagogiques entre les lycées franciliens et des institutions infréquentables.
En effet, cet amendement propose un partenariat avec la Maison de la Terreur en Hongrie. Un musée créé à l’initiative de Victor Orban qui présente dans un même récit les crimes du régime des Croix fléchées (fascistes hongrois alliés des nazis) et ceux du régime communiste traçant ainsi une équivalence entre deux idéologies et leurs crimes. Minimisant ainsi ce qui fait la spécificité des régimes fascistes alliés à l’Allemagne nazie : l’antisémitisme[1]. Une Maison dont la directrice, Mária Schmidt, a aussi été chargée un temps du projet de musée de la Shoah, projet dénoncé par les organisations juives et des historiens comme une tentative de réécrire l’histoire de la Shoah en Hongrie visant à atténuer la responsabilité nationale[2]. C’est-à-dire un projet authentiquement révisionniste.
L’amendement du groupe de Valérie Pécresse propose un partenariat avec le musée de l’Occupation de la Lettonie, une institution fer de lance de la théorie du « double génocide » : cette idée que les crimes nazis et les crimes soviétiques seraient deux génocides équivalents. Il est surtout connu pour son partenariat avec la commune de Zedelgem (Belgique) ayant cofinancé un monument « commémorant » 12 000 prisonniers de guerre lettons détenus dans un camp britannique en 1945-1946, dont beaucoup étaient issus de la Légion lettone de la Waffen-SS [3]. Lors de l’inauguration de cette immondice, Valters Nollendorfs, président du conseil d’administration, a présenté comme symbole de la lutte pour la liberté le colonel Janums, officier de la Waffen-SS, décoré par le IIIᵉ Reich.
Notre groupe dénonce avec force ces partenariats voulus par le groupe Ile-de-France Rassemblée entre des lycées franciliens et ces institutions qui alimentent le révisionnisme sur la Shoah. Nous dénonçons aussi l’ingérence de la droite régionale dans les contenus pédagogiques des lycées.
Des crimes ont été commis au nom du communisme. C’est indéniable. Ils sont innombrables, y compris ceux du stalinisme contre les communistes. Ceux d’un régime monstrueux qui élimina les bolcheviks eux-mêmes pour effacer le sens d’une révolution qui avait ébranlé le monde et soulevé un immense espoir.
De notre point de vue, le travail mémoriel indispensable ne peut pas être ainsi instrumentalisé pour un « coup politique » au détour d’amendement du groupe politique majoritaire. Aussi, ce travail mémoriel indispensable ne peut en rien soutenir et promouvoir des théories révisionnistes, relativisant l’antisémitisme et des institutions promouvant des personnalités nazies.
L’adoption de cet amendement est une tâche indélébile du mandat de Valérie Pécresse. Notre groupe alerte de ce pas les associations – dont le Mémorial de la Shoah – qui œuvrent sur le travail mémoriel de cette grave dérive qui s’inscrit dans un contexte national de rapprochement entre la droite et l’extrême-droite.
[1] https://warontherocks.com/2019/02/say-it-with-statues-brick-and-mortar-revisionism-in-orbans-hungary/
[2] http://usagespublicsdupasse.ehess.fr/961/
[3] https://dossiers.parismatch.be/ruche-de-zedelgem-des-ss-lettons-commemores-en-flandre/